/ Nouvelle Calédonie - Bye-Bye Paris !

lundi 19 mai 2008

     Pour 100 balles, t'as plus rien ....

                                                                                                                                                       19 05 2008

L'indochine, ca s'est plutot mal termine pour la France. Apres la cuvette de Dien Bien Phu, tous aux bateaux, la metropole nous appelle. L'Algerie, n'en parlons pas. En 62 c'est l'exode. Un grand coup de Sirrocco souffle sur Marseille et rappatrie pres d'un million de pieds noirs. Mais alors mon bon monsieur, les colonies francaises, c'est fini ? Le rayonnement hexagonal de par le monde, c'est du passe ? Non, dans certaines iles il est encore possible de boire du pastis, de manger de la baguette et de profiter des 35 heures. Parmi elles, la Nouvelle Caledonie.

A notre arrivee nous passons deux jours a Noumea. La ville est agreable, elle s'organise autour de plusieurs baies et nous elisons domicile dans l'une d'entre elles : la Baie des citrons. Tres vite un probleme se pose: le niveau de vie. Pas de chambre d'hotel a moins de 50 euros, 2 euros le cafe, pas le moindre plat a moins de 15 Euros. Mama mia ! On va finir en slip .... ( effectivement cinq jours plus tard la carte bleue deviendra verte et refusera de nous aider dans les distributeurs ). Que ce soit sur l'alimentation, sur les loyers ou meme sur les loisirs, les prix soutiennent la comparaison avec Paris, voire pire. Marie et moi sommes curieux de savoir comment font les gens qui ne sont pas fonctionnaires detaches avec double paie ( profs, gendarmes, militaires ... ) ? L'avenir nous donnera la reponse : Ils galerent.

Une fois bien installes dans notre nouvelle peau de routards fauches, nous avons entame notre visite de la ville. L'impression generale est celle d'une ville provinciale de quelques cent mille habitants. Le centre plutot rikiki et sans charme particulier regorge de rues ou fleurissent des noms oublies : Gendarmerie Nationale, Chez Fernand, Tresor Public, Bar PMU ... . Sur le trottoir circule une population mixte : kanaks, polynesiens, blancs farineux, le tout donnant une impression de cordialite inter raciale. Le soir, nous renouons avec le cinema ( 12 euros le ticket ) et allons voir une petite comedie bien enlevee : Bienvenue chez les chtis. Nous ne serions pas etonnes qu'elle ait du succes en metropole ... <rires enregistres>

Deux jours apres, munis d'une twingo de location, nous entamons un tour de la grande terre. Celle ci s'etend sur plus de 400 kms et ne contient pas plus de 10 % de la population totale de l'ile, le reste s'entassant a Noumea. Autant dire que sur le reste de l'ile on ne se marche pas sur les pieds. Plutot montagneuse, l'ile est recouverte d'une vegetation dense et tres verte. Nous commencons par l'Est et ses falaises : rochers escarpes tombant dans une eau turquoise. A Hienghene, principale ville de l'Est, nous logeons dans un gite tenu par la veuve de Jean Marie Djibaou ( feu le leader independendiste ). Les drapeaux kanaks fleurissent ( entoures de drapeaux corses et basques ) et nous autres citoyens de l'odieuse puissance colonisatrice nous faisons tout petits.

Bonjour Madame, serait il possible de ? Oh mais volontiers, c'est tres gentil de votre part, il n'y a pas d'eau chaude dans le bungalow, peu importe, nous adorons les douches glacees ...

Bon ceci dit des le premier contact les gens du gite nous ont bluffes par leur gentillesse et leur accueil. Franchement nous n'avons senti ni racisme ni hostilite, c'etait vraiment tres cordial voire chaleureux.

Au nord de l'ile, la terre devient de plus en plus etroite et finit par ressembler a une presqu ile battue par les vents. Pour y arriver une heure de piste en twingo. Cette fois ce n'etait plus Jean-Louis A. qui conduisait mais bibi ( Marie l'a assez regrette ... ). Le proprio du gite qui nous recoit ( un polynesien ) me fait penser a Dany Boon dans le film precite. Et moi en face de lui j'ai des airs de Kad quand j'essaie de comprendre ce qu'il dit. C'est pas du chti mais c'est pas mieux. Marie semble plus douee que moi pour les langues etrangeres, je la laisse donc faire. La encore nous serons super bien recus. La gentillesse des gens du Nord sans doute ....

L'ouest de l'ile nous a moins plu. Une sorte de Far West a la francaise :

  • De grandes plaines dediees au betail et sillonnees par des fermiers a cheval ou en 4x4.
  • Des villes dynamiques qui regorgent d'idees pour rendre la vie moins monotone ( Fete du Cerf et de l'ecrevisse, election de la plus grosse courgette, du plus gros mangeur de vers arboricoles, concours d'omelettes geantes ... )

Le charme de cette region nous est paru moins evident. Au bout d'une semaine nous avons donc une impression mitigee de la grande terre. Les locaux ( kanaks et polynesiens ) nous ont bluffes par leur gentillesse mais Marie se dit decue des paysages. Les plages de sable blanc et les rivages de carte postale n'ont pas encore fait leur apparition.

Nous partons donc sur les iles alentour. D'abord l'Ile des Pins. Aye, Marie a trouve la parfaite carte postale. Sable blanc, Mer turquoise, beaucoup de trafic sous l'eau pres des patates de corail, bref l'archetype de la petite ile paradisiaque. L'ile des pins, c'est aussi une ile courue par les japonais pour leur voyage de noce. Que font les tarifs quand les touristes japonais montrent le bout du nez ? Ils empirent. Nous nous retrouvons donc le midi sur une plage ou le snack le plus simple n'offre rien sur sa carte a moins de 30 euros. Un rien desempares, nous allons voir la patronne pour lui faire du chantage affectif ...

Tout est trop cher pour nous, vous ne pourriez pas nous vendre juste un bol de riz ou un sandwich ?''

Et la, la patronne, une wallisienne, devoile sa vraie personnalite ... quelque chose entre Jean Pierre Darroussin dans mes meilleurs copains, Bob Marley et Mere Theresa .... bref la coolitude integrale avec en plus du coeur ...

Mais oui mais ecoutez pas de probleme, prenez une table, asseyez vous et je vais vous preparer un petit poisson riz coco, vous me donnerez ce que vous pourrez, c'est que du bonheur ... . ( la derniere partie de la phrase : -c'est que du bonheur- termine environ une phrase sur deux chez elle ... )

Bref L'hospitalite des iles avait encore frappe.

La deuxieme ile visitee est Ouvea, une langue de terre incurvee de 45 kms (dont 25kms de plage) abritant 3000 habitants. Ouvea, la plus reservee des iles loyautes rendue celebre il y a 20 ans par sa prise d'otages. Ce jour la, dans une periode d'animosite exacerbee entre Kanaks du FLNKS et Caldoches, une dizaine de jeunes deboule a la gendarmerie pour hisser le drapeau Kanak. Le ton monte. Les gendarmes paniquent, les jeunes aussi. Deux gendarmes sont abattus et les autres sont pris en otage et emmenes dans une grotte. Le gouvernement Francais decide de faire un exemple. L'armee est envoyee. C'est la boucherie. Bilan 20 morts dont deux otages. 20 ans apres la tension est retombee. Les accords de Matignon ont reussi a pacifier une situation pourtant bien deletere. La france a accentue son effort d'emancipation du peuple Kanak allant jusqu'a proposer a l'ile de choisir son destin en 2014 : avec ou sans la France. Cette pacification trouve son echo dans la reponse a ce referendum quasiment acquise : ce sera avec. Ouvea a neamoins conserve une reputation sulfureuse suite a ces evenements. Le tourisme s'y est moins developpe qu'ailleurs et l'essentiel des blancs sur l'ile est constitue par les 6 gendarmes et une vingtaine de profs. Marie et moi, toujours fauches nous mettons en quete d'un hebergement economique. Nous rencontrons Annie, gerante du camping le petit corail. Nous lui exposons notre probleme. Nous voulons faire du camping parce que notre budget a explose mais nous n'avons pas de tente.

Pas di probleme, ma fille est a Noumea, je vous loue son fare, c'est pas cher, c'est que du bonheur ( Encore cette expression ... elle est partout ... )

Nous prenons donc possession de notre case traditionnelle. Spartiate ( aucun meuble ) mais typique. Et puis apres le sketch des inconnus, qui n'a pas reve de faire 'golo golo' dans la case ...

Nous passerons chez Annie deux jours memorables, entoures de ses trois enfants Naomi, Wenemit et Evelyne.

Annie, son mari doit passer un diplome sur Noumea, alors elle eleve seule ses enfants sur Ouvea. Elle a du mal a joindre les deux bouts, n'a pas l'eau courante ( se contente de la gouttiere ), n'a ni machine a laver ni cuisiniere, dine le soir d'un the avec du pain, et bien malgre ca, le dimanche elle nous invite a sa table Annie, parce que c'est la coutume. Si tu manges chez toi et que quelqu'un passe te voir, tu te dois de l'inviter, c'est l'hospitalite Kanak. Un sentiment qui ne se base pas sur : Qu'est ce que j'ai a gagner ou a perdre ? pour combien va-t-il me manger ? apres tout je le connais pas ... . Bref un sentiment desinteresse, base sur l'entraide entre etres humains. Quelque chose qui s'apparente a un devoir, qui s'il n'est pas rempli te fait passer pour la personne la plus mesquine au monde. Bref un sentiment quelque peu disparu en France, qui nous a mis dans nos petits souliers Marie et moi. La generosite, c'est bluffant, et quand tu te sens pas a la hauteur de ton hote, tu te sens un peu piteux ... Bref Merci Annie.

Voila chers amis, la Nouvelle Caledonie tire a sa fin et deja se profile a l'horizon la Nouvelle Zelande. Nous vous embrassons tres fort.