/ Bolivie - Bye-Bye Paris !

mercredi 27 août 2008

     C'etait bien Tahiti ...

                                                                                                                                                       27 08 2008

Je me rappelle, aux Marquises, m'etre plaint. Oui, la plage, les paysages superbes, c'est bien gentil mais le tout manque un peu de sel. Donnez nous de la poussiere, du bus, un bon sac a dos et le voyage redeviendra Aventure. Le petit Jesus m'a entendu. Je peux meme dire que je n'ai pas eu affaire a un ingrat. Desormais, je le prierai donc de m'envoyer une terrasse de cafe, un bon lit bien moelleux, trois repas par jour, et une temperature clemente. Nous verrons plus tard pourquoi.

A la frontiere du Perou et de la Bolivie s'etend le lac Titicaca. Lac mythique, a 4000m d'altitude ou des habitants se sont regroupes sur des iles flottantes construites en roseau. J'entends encore Nicolas Hulot nous presenter dans Ushuaia, de sa voix essouflee, cette petite merveille d'ecologie et de beaute. Marie, Marion et moi demarrons notre visite du cote Peruvien. La premiere ile, flottante evidemment, et les huttes, elles aussi construites en roseau, sont identiques au souvenir laisse dans ma memoire par la divine emission. Les habitants fondent sur nous comme la verole sur le bas clerge breton. Viens visiter ma maison, tu vas voir comme elle est belle. Malheureusement un coup d'oeil par dessus les 5 ou 6 huttes en roseau va ruiner nos ambitions ethnologiques. Derriere ces 5 ou 6 cabanes s'etendent ,en effet, une vingtaine d'habitations en gravas et toles munies de panneaux solaires et d'antennes satellites. Un francais dans notre groupe synthetisera notre impression en une phrase.

C'est un peu comme si tu faisais visiter le parc Asterix a des touristes etrangers en leur disant : voila comment vivent encore certains francais.

Bref, j'ai deja eu l'impression d'etre pris pour un con mais la, je dois dire que ca depassait mes esperances.
Montez dans ce bateau, nous allons visiter une autre ile nous enjoint notre guide.
Sur le bateau, l'impression d'etre pris pour un gros con de touriste persiste. Un petit garcon, encourage par les coups de coude de son pere nous debite dans une dizaine de langues plusieurs morceaux de chanson appris par coeur. Les yeux rives sur le sol, sans doute desespere de devoir se donner en spectacle, il conclue sa prestation par Alouette, je te plumerai et se precipite parmi nous avec son bonnet pour recevoir l'aumone. Que c'est agreable d'etre pris pour une vache a lait ....
La deuxieme ile, ile veritable et non flottante, se revelera moins penible a visiter. Montagneuse, elle nous rappelle une de ces iles grecques perdue au milieu des cyclades. Vous le constaterez avec les photos, le paysage est tres mediterraneen. Bien sur, tous les 10 metres, un habitant vous propose d'acheter un bonnet ou des gants. Heureusement, entre deux etalages, il est toujours possible de se retourner et de contempler l'immensite du lac. On oublie alors n'etre qu'un gros tas de dollars sur pattes.

La frontiere est passee. Nous sommes en Bolivie et nous nous arretons sur la rive opposee du lac dans une petite ville nommee copacabana. Nous restons deux jours dans cette ville aux allures balneaires et y goutons un peu de repos.

Deux jours plus tard nous arrivons a La Paz. Veritable ruche, enclavee dans les montagnes a 3500m d'altitude, la ville ressemble a un soukh gigantesque. Ruelles etroites, etalages ininterrompus, circulation cauchemardesque d'engins plus ou moins motorises, ambiance de fete foraine, bref, j'ai l'impression d'etre a Marakesh. Les burnous ont ete remplaces par des panamas et les djellabas par des ponchos certes, mais l'impression persiste.

Sportivement, je vis des heures difficiles. Un semblant de parc au milieu de la ville regroupe les joggeurs. J'y suis double (ou peut etre devrais-je dire enrhumme) par absolument tout le monde. Vieux, ados, tout le monde me grille la priorite tandis que je cherche desesperement de l'oxygene. Un asthmatique au milieu de kenyans. Je me demande combien de millions de globules rouges ces gens doivent avoir a la naissance pour pouvoir gambader ainsi avec si peu d'oxygene.

Aux alentours de la Paz, une premiere excursion nous amene dans une zone appelee : Vallee de la Luna. La terre argileuse a ete erodee par le vent et l'eau et se presente sous la forme d'un desert de stalactites.

Le meilleur est neanmoins a venir. Laissant cette vallee derriere nous, nous mettons le cap sur un volcan nomme Chacaltaya. La voiture nous laisse a 4500m d'altitude et nous marchons jusqu'au sommet a 5300. La vue y est grandiose. Perches sur notre promontoire nous toisons d'egal a egal les sommets envirronants. Cretes ciselees, pics recouverts de neige et nimbes de nuages, precipices vertigineux, la nature nous presente un de ses plus beaux tableaux.

Marion nous quitte deja un beau matin non sans s'etre fait copieusement embrassee (merci Marion, d'avoir supporte ma mauvaise humeur recurrente)

La visite des environs de La Paz se poursuit donc mais en couple desormais. Nous partons marcher un jour dans un parc naturel autour du lac Charkota. Les paysages rencontres durant cette marche sont pour moi les plus beaux qu'il nous ait ete donne de voir en Amerique du Sud. Je laisse Marie vous en convaincre.

La Paz est desormais derriere nous. Nous prenons un train de nuit direction Tupiza une toute petite ville au sud de la Bolivie. De cette ville nous partons pour une excursion de quatre jours, trois nuits en 4x4 avec un chauffeur, une cuisiniere et 2 autres francais dans le sud Lipez. Quatre jours magnifiques mais raides. Les levers sont matinaux (entre 4h30 et 5h30), la temperature nocturne est fraiche (-17 deg, une francaise nous dira avoir du casser la glace dans ses chiottes un matin avant d'avoir pu y pisser), les pistes te secouent comme un prunier, et l'altitude ondule entre 3500m et 5000m te laissant une respiration d'asthmatique quelque soit l'effort consenti. Bref c'est pas le club Med. Le jeu en vaut neanmoins la chandelle et les paysages traverses valent le detour. Canyons, villages perdus au milieu de nulle part, lacs aux reflets multicolores refuges de flammants roses, formations rocheuses erodees prenant l'aspect d'arbres, cactus gigantesques vieux de plusieurs siecles, geysers, vastes plaines baignees de soleil et cerise sur le gateau le Salar d'Uyuni, immense desert de sel ou les photos prennent un aspect si surrealiste.

Le 4x4 nous depose a Uyuni une autre ville situee dans le sud de la Bolivie. De Tupiza nous avions reserve un transfert pour le nord du Chili, quelques 400 km plus bas. Evidemment a Uyuni personne n'a entendu parler de ce transfert. Nous sommes donc obliges d'improviser. Apres quelques heures de palabre ( ca y est, j'ai enfin vu Marie veritablement peter un plomb d'enervement et en espagnol s'il vous plait ...) nous trouvons notre bonheur. Bonheur, le mot est peut etre exagere. Il designe un 4x4 comportant deja 7 passagers (sans nous) et quittant la ville a 19h le jour meme. En voyant la jeep deja bondee et les visages boliviens a l'interieur qui me sourient une blague me revient a l'esprit. Sais tu comment rentrer 20 basques dans une 2cv ? tu leur dis qu'ils n'y arriveront pas ...

N'etant pas basques, mais n'ayant pas d'autre choix, Marie et moi nous entassons avec les autres. De nuit, la jeep se revele avoir des phares aussi faibles que des loupiottes. Je serre les fesses, ferme les yeux pour ne pas voir la piste (que de toute maniere je distingue a peine) et pense a Tahiti. C'etait bien Tahiti ...

A 23 heures nous arrivons dans un bled paume. Notre chauffeur nous montre une chambre ou nous pourrons dormir Marie et moi. Je regarde les autres passagers de la voiture.

- Et vous, vous dormez ou ?

- Dans la voiture.

- Ah, ah, la bonne blague, on est a 4500m d'altitude et il va faire -15 deg

- C'est pas une blague.

- Ah, ok, bon il y a 3 lits monoplaces dans la chambre, venez on va s'arranger ...

Nous arrivons donc a caser 4 compagnons avec nous. 6 dans 3 lits une place, c'est possible. Douce nuit, tendre nuit ...

Le lendemain, a 4h du mat, nous retrouvons le 4x4 et les 3 malheureux qui y ont dormi. A voir leur tete sous leur bonnet, je me dis que ma nuit n'a pas ete si merdique. Nous repartons.
A 7h du mat, a 5000m d'altitude alors que le soleil commence a envoyer quelques timides rayons, un pneu eclate. En France, quand un pneu eclate, tu montes la voiture sur le cric, tu enleves la roue crevee et la remplace par une roue de secours. En Bolivie c'est le meme principe. La difference reside dans la roue de secours. Elle n'existe pas. Tu disposes d'une chambre a air, d'un pneu et d'une jante, a toi de te confectionner ta roue de secours. Tu places la chambre a air dans le pneu et tu gonfles avec une pompe a velo (je ne rigole pas) jusqu'a ce que le pneu soit presentable. Ca tombe bien. La temperature est clemente (pas en dessous de -20) et un peu d'exercice ne peut pas nous nuire. Nous nous relayons donc a 3 durant une heure sur la pompe a velo et je repense a Tahiti. C'etait bien Tahiti ....
Le pneu est repare, je remonte dans la voiture et dis a Marie :

Ne me demande pas ce qui se passe si on recreve ...

Durant encore 2 heures, tres conscencieusement je fais donc de l'huile en priant pour que les pneus tiennent. La frontiere, une cabane perdue sur une montagne a 4800m d'altitude est atteinte et je respire mieux. De l'autre cote, il faudra attendre encore 2 heures pour qu'un bus nous accepte et nous amene a San Pedro d'Atacama la premiere ville chilienne. Marie et moi sommes Out of Africa, creves comme la roue de ce matin mais heureux d'etre enfin arrives a bon port. Il va falloir dormir un peu a San Pedro ...

Nous vous faisons comme d'habitude de grosses bises, attendons vos commentaires avec impatience et souhaitons tout particulierement un bon anniversaire a Martine, la mere de Marie, pour ses 50 printemps ( courage Martine ... )

PS : les photos de la partie peruvienne du lac Titica ont ete rajoutees dans la rubrique Perou.